© Steve Giasson

Art Contemporain

Le groupe Art contemporain propose deux interventions qui se déploient dans deux espaces complémentaires : l’espace numérique de Facebook et l’espace urbain de Montréal.

 

sans titre (2018)

2018-2019

Pour réaliser sans titre (2018), Steve Giasson abstrait, dans tous les sens du terme, et durant un peu plus de trois mois, son fil d’actualités Facebook – au grès de ses consultations du réseau social et selon des durées arbitraires – de manière à le dépersonnaliser, à en estomper les contours, à le niveler.

L’artiste désire montrer ainsi ce que son fil d’actualités Facebook a en commun avec celui des autres utilisateur.trice.s, en faire une expérience commune et poétique, un « portrait » plus ou moins collectif et minimaliste (dans l’esprit des œuvres de Félix González-Torres, notamment).

Ce faisant, Giasson recueille et livre, disséminées, des informations personnelles, au milieu d’autres informations d’ordre plus générales ou anecdotiques, épousant en cela la logique de ce réseau, mais en les aplanissant, comme si elles appartenaient déjà à un passé lointain et diffus.

Le caractère arbitraire de ses choix reflète également l’expérience très particulière qu’on peut avoir du Web participatif (dit Web 2.0) : soit celle d’un individualisme forcené, renforcé par l’illusion de maîtriser (un peu plus) son existence, d’avoir un impact sur le monde, d’être relié à ses semblables, de vivre (un peu plus) en démocratie; illusion que divers scandales entourant ce réseau social et sa collecte massive des données (data) de ses utilisateur.trice.s (Cambridge Analytica, etc.) et divers écrits, (dont le récent pavé de Shoshana Zuboff, The Age of Surveillance Capitalism: The Fight for a Human Future at the New Frontier of Power, 2018), ont, bien entendu, mis à mal.

 

mots trouvés (I-XXI)

(2019)

Les mots trouvés de Steve Giasson fonctionnent comme des slogans, désignant vaguement des produits de consommation courante. Isolés, souvent amputés ou décomposés et « neutralisés », ils ne réfèrent plus qu’à leur « propre vacance absurde », à l’image de la litanie publicitaire dont ils sont issus et dont ils conservent néanmoins le caractère iconique et/ou typographique.
Ces œuvres in progress s’inspirent des Opus brefs de Federico Juan Carlos Loomis, tenant dans leurs seuls titres (Ours, Paillasse, Crème, etc.), un auteur fictif né sous les plumes de Jorge Luis Borges et d’Adolfo Bioy Casares dans “Catalogue et analyse des divers ouvrages de Loomis”, in Chroniques de Bustos Domecq (1967).
Ils rendent également hommage aux poèmes minimalistes d’Aram Saroyan, Robert Grenier et Craig Dworkin, notamment.
Toutefois, les mots trouvés de Steve Giasson donnent plutôt à voir « la façon dont le langage se transforme en instrument de perte de sens », comme l’a écrit Robert C. Morgan (in “Monographie sur une exposition de Haim Steinbach”, 1990) à propos des installations textuelles de l’artiste conceptuel Haim Steinbach, auxquels ces œuvres de Giasson font volontairement écho et dont ils constituent, en quelque sorte, des « suppléments ».
En outre, ces dernières sont destinées à connaître des instanciations multiples et diversifiées (installations impromptues dans les espaces urbain et virtuel, publications, expositions en galerie, etc.) qui en renouvelleront potentiellement la portée.

 

Participants
Christine Bernier
Muséologie
Enrico Agostini Marchese
Philosophie de l'espace
Servanne Monjour
Théories de la littérature
Steve Giasson
Artiste
Suzanne Paquet
Circulation de la photo numérique